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La politique d’Aménagement du territoire en République de Djibouti
Situation et perspectives
Contexte
Des progrès notables ont été réalisés ces dernières années dans le domaine de l’aménagement du territoire. Ils dénotent d’une certaine prise de conscience par l’autorité politique de l’importance de l’élaboration d’une politique nationale d’aménagement du territoire. Un atelier sur l’aménagement du territoire et la décentralisation s’est tenu en novembre 2002. Cet atelier a identifié un plan d’action pour la relance de la politique d’aménagement du territoire dans notre pays. Trois ans après cet atelier, un conseil national de l’aménagement du territoire (CNAT) a été mis en place.
Objectifs d’une politique d’aménagement du territoire
en République de Djibouti
Réduire l’écart de développement entre la ville capitale et les régions de l’intérieur a été affirmé très tôt au moment de l’indépendance du pays. Depuis, beaucoup d’actions ont été mises en œuvre dans les régions de l’intérieur. Ces actions ont apporté des progrès incontestables dans les secteurs des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, etc. On peut de ce fait affirmer que l’Etat à travers ses différentes politiques sectorielles a mené une politique implicite d’aménagement du territoire qui a contribué à ce que le territoire national soit aujourd’hui mieux intégré qu’il ne l’était il y a 20 ou 30 ans, même s’il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière d’infrastructures, de services publics et d’activités économiques.
Cependant, en dépit de ce processus, l’écart de développement entre la capitale et le reste du territoire national a continué à se renforcer au fil des ans. L’essentiel de la population, des activités économiques, reste concentré dans la capitale. Les régions de l’intérieur ne participent que très peu à l’économie nationale. Cette tendance se renforcera avec les perspectives de développement du secteur des transports et l’accroissement des activités du port actuel de Djibouti et celui de Doralé en cours de construction. Cette situation présente des inconvénients majeurs qui sont la congestion dans la capitale qui entraînent des coûts élevés en matière de gestion urbaine, (problèmes d’habitat, de transport urbain, d’environnement, d’emploi). Elles impliquent aussi que les régions de l’intérieur, plus faibles, auront encore plus de difficultés qu’aujourd’hui pour exploiter leurs potentialités et leurs avantages comparatifs.
Une politique d’aménagement du territoire est donc nécessaire pour guider le développement du territoire national en faveur d’une meilleure cohésion économique et sociale fondement de l’unité nationale. Celle-ci passe par une plus grande cohésion territoriale, par la réduction du fossé qui sépare la ville capitale et les régions de l’intérieur. Tel est l’objectif principal de la politique d’aménagement du territoire qui doit être guidée par les trois principes directeurs suivants:
- La promotion d’une armature urbaine moins déséquilibrée
;
- Une accessibilité plus équitable des populations aux services
publics au niveau national ;
- Le développement durable par l’exploitation rationnelle des
ressources de l’environnement ;
Mise en œuvre de la politique d’aménagement du
territoire
Intégration « horizontale et verticale » : mettre en place des cadres de concertations
La clé de réussite d’une politique d’aménagement du territoire est l’intégration des actions de tous les acteurs du développement territorial tant au niveau horizontal que vertical. L’intégration horizontale appelle à la synergie des politiques territoriales et sectorielles (transport, agriculture, pêche, communication, enseignement) de chaque niveau géographique d’administration (Etat, collectivité locale). En ce qui concerne l’intégration verticale, il s’agit de coordonner les actions de l’Etat central avec celles des collectivités locales (régions et communes). Dans le cas de notre pays, la réussite de la politique d’aménagement du territoire passe encore surtout par l’intégration des actions des différents départements ministériels. Dans l’avenir, avec le processus de décentralisation et l’avènement de collectivités locales compétentes en matière d’aménagement du territoire et disposant des capacités techniques et financières nécessaires, l’intégration verticale deviendra un enjeu majeur.
Elaboration de stratégies de développement territoriales
La région constitue le cadre pertinent où une planification stratégique du développement peut être élaborée. Chaque région doit ainsi disposer de son schéma régional d’aménagement du territoire (SRADT). Outil prospectif et stratégique pour un horizon de 15-20 ans, le SRADT doit constituer le cadre de planification du développement régional. A partir de ce document qui doit incarner la vision à long terme du développement de l’espace régional, des documents de planification sur le moyen terme (5ans) doivent être élaborés pour les espaces infra-régionaux. Ces documents peuvent être de deux ordres : Pour les chefs lieux de district des plans de développement urbains (PDU) doivent contribuer à la réalisation du premier objectif de la politique d’aménagement du territoire, celui de la réduction du déséquilibre de l’armature urbaine par le renforcement des villes secondaires. Dans le cadre de ces plans il s’agit de mettre en œuvre des actions qui ont été identifiées, priorisées, dont le financement est acquis et qui seront effectivement réalisées sur le terrain. Pour les régions rurales, des plans de développement locaux (PDL) doivent être élaborés.
L’objectif à travers ces différents documents de planification de développement territorial est de couvrir l’ensemble du territoire national. Chaque territoire doit avoir « son projet » de développement. Il s’agit aussi de rompre avec une logique de redistribution de l’Etat dans les régions. La nouvelle philosophie doit être de dire aux acteurs des territoires « organisez-vous, l’Etat vous aidera ». A la logique d’élaboration et de mise en œuvre de projets de développement sectoriels, élaborés dans la capitale par les services centraux de l’Etat, dans le cadre de l’action d’un seul ministère et loin du territoire dans lequel il sera mis en œuvre, doit être substituée une logique territoriale et des projets émanant réellement des acteurs locaux et soutenus par l’Etat dans le cadre de plans de développement issue d’une large concertation.
Sur le plan pratique, ces documents de planification seront élaborés par les services centraux de l’Etat en partenariat avec les collectivités locales. Ce partenariat nécessite la mise en place au niveau de chaque région d’une structure de concertation que l’on pourrait appeler, comités régionaux d’aménagement du territoire. Présidé par le Commissaire de la République, le plus haut représentant de l’Etat dans la région, ces comités seront composés des représentants de services centraux et déconcentrés de l’Etat, ainsi que les représentants de la collectivité régionale. Avec la mise en œuvre de la décentralisation et l’accroissement des moyens des collectivités locales, ces structures auront la tâche de pratiquer l’intégration des actions de l’Etat et celles des régions à travers une planification et une mise en œuvre conjointe des programmes de développement.
Territorialisation de la politique sectorielle de l’Etat
Les différents départements ministériels de l’Etat élaborent des schémas sectoriels (schéma directeur de l’eau, de l’éducation, plan de développement agricole, etc.). Ces documents à long terme (15-20 ans) traduisent les choix stratégiques de l’Etat dans ces secteurs. En dépit de leur importance, ces documents restent très sectoriels et ne prennent pas en compte la dimension territoriale dans laquelle elles doivent nécessairement s’inscrire. De plus, ces schémas sont le plus souvent élaborés dans le cadre du champ d’action propre au ministère dont le domaine en question relève, sans prendre en compte les autres secteurs qui sont concernés. Afin de mieux prendre en compte les besoins des populations et être le plus efficient sur le plan économique, ces schémas gagneraient à être territorialisés dans le cadre régional. Ils doivent également être élaborés en concertation avec les autres services de l’Etat, centraux et déconcentrés dans les régions, et les collectivités locales. C’est à travers ces schémas sectoriels, en particulier ceux concernant les besoins essentiels de développement (éducation, santé, routes, télécommunication) que l’Etat pourra mettre en œuvre le deuxième objectif de la politique d’aménagement du territoire, celui de l’accès équitable de tous les Djiboutiens, quelque soit l’endroit où ils vivent, aux services publiques. Cette répartition équitable ne signifie pas une répartition égale des services publics sur l’ensemble du territoire national, mais une répartition différenciée en prenant en compte les besoins réels des territoires.
Développement et protection de l’environnement
Le souci du développement durable est aujourd’hui une préoccupation majeure de la communauté internationale. Notre pays s’est engagé à ce que la dimension de la préservation de l’environnement soit l’un des axes de sa politique de développement économique et sociale. De ce fait la politique d’aménagement du territoire doit refléter cette conciliation entre protection de l’environnement et développement des territoires.
Dans le domaine urbain, l’objectif de développement durable doit être intégré dans la formulation des politiques de développement urbain. Les documents d’urbanisme comme les schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) ou des documents plus précis à élaborer dans le futur doivent transcrire les objectifs de développement durable à travers leurs différents aspects (urbanisme, habitats, transport, etc.).
Dans les zones rurales, la protection des espaces naturelles menacés de dégradation doit être prise en compte dans les stratégies de développement territorial. Les aires protégées qui ont été identifié constituent un cadre pertinent pour le maintient de la biodiversité. Cependant il faut aller au-delà en créant des parcs naturels disposant d’une structure fonctionnelle, un financement, et un document cadre qui peut être une charte de développement durable qui allie développement économique et préservation des ressources naturelles. Les parcs naturels sont un excellent vecteur de développement local pour les zones rurales qui dispose d’un environnement de qualité (paysages grandioses, richesse de la biodiversité). En effet, la démarche des parcs naturels consiste en un développement territorial intégré qui a certes pour objectif la préservation des qualités de l’environnement, mais qui prend aussi en compte l’emploi en visant le maintient et le développement des activités économiques.
En conclusion, l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique d’aménagement du territoire ne sont pas aisées. C’est un exercice difficile non pas tant par la production de tous les documents techniques (schémas, plans) et les outils de concertation qu’il faut nécessairement mettre en place, mais plutôt par la recherche perpétuelle de l’intégration, de la cohérence des politiques et des actions de développement menées par différents acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. En effet l’aménagement du territoire exige le dépassement de la méthode de travail sectoriel, dans le cadre des compétences d’un département ministériel, au profit d’une démarche transversale qui met la dimension géographique, le «territoire », au centre des stratégies de développement. Cette démarche demande plus de concertations, plus de partenariat, entre les différents acteurs du développement territorial. Elle transforme de ce fait tout l’environnement de travail actuel pour la mobilisation de toutes les énergies disponibles en faveur du développement régional et local. Elle améliore en cela la gestion des territoires par la mise en place d’une meilleure gouvernance locale.
En ce sens l’aménagement du territoire doit accompagner le processus de décentralisation dans lequel s’est engagé notre pays. En effet, la mise en place de collectivités locales disposant de compétences propres peut entraîner une concurrence néfaste entre les régions aboutissant à un développement territorial incohérent si une stratégie globale d’aménagement du territoire n’est pas définie au niveau national pour guider le développement des régions. Il revient à l’Etat d’élaborer cette stratégie d’aménagement du territoire pour garantir cette cohérence nécessaire des politiques de développement que celles-ci soient nationales ou régionales. Il est en effet le plus à même de garantir la solidarité nationale fondement de l’unité du pays.
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